LE PEUPLE MALGACHE OUBLIE
- juillet 7, 2026
- 3:38 pm
Entre promotion de la langue par surprise à gauche, et le « mahamalagasy » devenu
« fashion week » à droite, le populisme patsi-patsa, le tapis rouge sur lequel les autorités défilent couvre le sang des compatriotes, et les sourires à un million d’ariary promeuvent les nouvelles marques de dentifrice : kidnappings, meurtres, trafics d’organes, qui sont de vieilles tactiques reprises de l’ancien régime. Il faut bien apprendre de ses aïeux. Surtout entre putschistes.
Pendant que nos fils d’actualité se couvrent de sang et d’affiches « portés disparus » par des pages de journalistes certifiés Facebook, de faux débats et de polémiques vaniteuses, ceux qui trouvent de l’énergie pour dégueuler leur désaccord sur un sujet en le partageant n’empestent que leur propre entourage. Encore heureux que les chants d’oiseaux à la fenêtre, le matin, ne soient pas touchés par l’algorithme. Et l’on oublie, entre les écrans, les vrais maux du pays : un quotidien où l’on recherche le lendemain le pain du jour n’est plus un mythe hyperbolique. Entre impunités et multivers de corruptions, les opérateurs s’essuient régulièrement avec les droits des consommateurs, les TVA qui entubent, les financements incessants pour cumuler les dettes de demain et les sourires d’enfants immortalisés pour nourrir l’éthique des bailleurs, pendant que d’autres passent des examens nationaux par terre. On a l’impression de tomber de haut, pourtant déjà si bas. « Ensemble, nous bâtirons un monde meilleur » se démarque au concours du meilleur slogan, pendant que les patrimoines et lieux sacrés se font terrasser et deviennent victimes d’incendies « naturels ». Dans tous les cas, « l’affaire est entre les mains des autorités », puis, subitement, on n’en parle plus.
Dans un coin de la rue d’Iarivo, un aveugle raconte sans filtre à un sourd les promotions salariales des députés qui, pour leur part, ne sont plus que des mains levées ; les ministres, qui ne sont plus que des marionnettes dans ce grand cirque. « Que j’aimerais un jour frapper un coup de ce marteau. Peut-être porterais-je aussi la perruque qui y est assortie ? »
Le peuple malgache oublie. C’est là sa plus grande force et sa plus grande faiblesse… Et, cerise sur le gâteau, il ne se sent pas concerné par la manière dont il est gouverné. Mais est-ce de sa faute ?
Il a été éduqué ainsi.
